Sauvetage d’une Gibson Les Paul Custom de 1977 (part3)

Troisième et dernier épisode du sauvetage de la Les Paul Custom de 1977:

Une fois la touche frettée, je commence les 5 ponçages successifs de finition du manche, du cou de tête et du talon. Je profite de ce travail pour décaper le fond qui a été massacré et pas que par un ceinturon.
Nous avons décidé avec mon client de garder le numéro de série original plutôt que d’en frapper un nouveau.
gibson-les-paul-custom-restauration
Le manche est maintenant prêt à recevoir son nouveau vernis.

J’ai donc découpé les restes de notre manche tordu pour en récupérer le numéro de série dans un petit rectangle de bois et de le réincruster dans notre nouveau manche. L’incrustation doit impérativement affleurer le nouveau manche car le moindre ponçage effacerait les numéros.
Toutes les parties qui ne doivent pas recevoir de couleur sont masquées, les bindings sont aérographiés avec un lavis ambré afin de leur redonner la couleur du vernis cellulosique patiné et jauni.
Après quelques jours de séchage, le vernis et poncé -il devient mat- puis il est lustré au touret.
La guitare est prête à être remontée et réglée.

gibson-vernis-restauration-nantes-luthier
revernissage du manche en cabine de peinture.

gibson-reparation-manche-luthier-nantes
gibson-custom-restauration-nantes-luthier

Encore quelques petits réglages et quelques finitions, et notre Les Paul retournera à Toulouse chez son heureux propriétaire….
gibson-custom-bigsby-nantes-lutherie

Pendant ce temps, notre Gibson Herb Ellis à elle aussi bien avancé. J’ai pu récupérer les anciennes incrustations en celluloïd qui étaient encore assez épaisses pour être réutilisées. Cela rend le travail un peu plus tendu car la marge de ponçage est faible, mais ça vaut le coup d’un point de vue économique et « historique ».

reparation-touche-gibson-jazz-nantes

touche-gibson-165-herb-ellis

Nouvelle touche en palissandre, nouveaux bindings, frettée à neuf avec ses repères d’origine,
je n’ai pas eu à refaire le vernis du manche, un simple raccord au vernis cellulosique sur les bindings à suffi pour rendre la réparation invisible.

Entre-temps est arrivée à l’atelier une magnifique guitare classique de 1964, du luthier Antonio Ruiz-Lopez. Cette guitare en palissandre de Rio a subi un arrachement du chevalet qui a entrainé une grande partie de la table. Elle a accompagné durant toute sa vie son propriétaire, musicien professionnel, pour qui le luthier l’avait spécialement fabriquée. Il eut été possible de réparer la table, mais sa sonorité et son esthétique en auraient été immanquablement altérées. Après réflexion, nous avons décidé de refaire cette guitare à neuf, avec une nouvelle table de qualité concert et en gardant dans son intégralité le reste de la guitare. Nous récupèrerons la rosace d’origine pour la ré-incruster dans la nouvelle table, les barrages seront copiés à l’identique, nous profiterons du fait qu’elle est ouverte pour faire le tour de toutes les fractures de fond et d’éclisses, décollement de barrages etc etc… Et tout cela fera l’objet de nouveaux articles dans ce blog. A suivre donc!

blanc.ruizlopez

Publicités

restauration Silvertone De Armond (part 2)

On en était resté il y a trois semaines à la commande du fil de cuivre. Et bien il est arrivé, exactement trois semaines après les premiers contacts avec le fournisseur et dans les délais annoncés.
C’est donc le fournisseur historique de toutes les marques américaines qui m’a fourni ces cinq kilos de cuivre, qualité plain enamel et heavy formvar, et je possède maintenant un stock et une variété de fils qui me permettent de couvrir les besoins classiques ET les raretés.

Au passage, pour l’annecdote, après avoir trainé sur des forums américains pour essayer de récupérer des informations sur les bobinages DeArmond, j’ai pu y lire des belles boulettes concernant la tailles de fils -on parle de AWG pour American Wire Gauge- erreurs annoncées pourtant comme des vérités sans appel par leur auteurs… C’est ça aussi le web…
Bref, on va pas les changer… Retour à nos moutons: il y a trois façons de rebobiner un micro:

– méthode Pastis marseillais: on remplit jusqu’au trait (trace laissée par l’ancien bobinage) méthode vue sur un site technique de référence américain… Pas la mienne donc.

– méthode « je mesure de temps en temps »: on arrête de bobiner, on prend le testeur et on arrête de monter les couches lorsque le testeur indique à peu près le valeur du deuxième micro ou bien on dépasse allègrement le niveau, on teste et on débobine en testant régulièrement.

– méthode « je suis peut-être autiste mais au moins je sais de quoi je parle » : la mienne: on prend une heure pour débobiner le micro HS en le fixant sur la bobineuse, compte-tour en marche, et on tire, et on tire, et on tire… jusqu’à la fin… et là ça me dit exactement le nombre de tours à reproduire…

20121123-205919.jpg
Beurk… meuh non, j’ai pas trucidé une fausse rousse, ahlala, les fantasmes des justiciers du samedi soir… ce sont juste les milliers de tours de bobinage que j’ai déroulé pour compter.

Et voilà le travail, bobiné avec amour et refermé pour quelques années.
20121123-211051.jpg
Ce micro est incroyable et je comprend son succès auprès des jazzmen, il est précis, granuleux, moelleux, avec un creux dans le médium mais un creux qui ne donne pas un sentiment de manque, il est aérien, il n’est pas ultra puissant mais il est très dynamique.
J’ai pu constater sa particularité magnétique unique dans les specs générales des micros courants, une histoire de positionnement nord/sud assez particulier, sans compter ce fil émaillé très particulier également…
Du coup, je suis déjà à la recherche de ces aimants si caractéristiques et pour le fil j’en ai 3 Kg, à suivre!

Pendant ce temps, le travail sur le manche à avancé, et les quelques retouches de vernis sont maintenant sèches à coeur.
20121123-210220.jpg
retouches des raccords de collage de touche avec l’aérographe, le vernis cellulosique de finition sera ensuite appliqué au pistolet à retouches. Le manche présentait un micro-bullage désagréable sous les doigts, j’ai pu garder la finition pailletée d’origine et supprimer les aspérités en appliquant un re-spray sur le vernis ancien, le dégradé noir se fond avec le noir pailleté d’origine, nickel…

Il ne reste plus qu’à remonter l’ensemble, régler et téléphoner au client qui n’a montré aucun signe d’impatience, il faut dire que je l’ai tenu informé des avancements des travaux au fur et à mesure que j’avais des nouvelles.

Voilà, je pense qu’elle reviendra bientôt pour un refrettage, mais dans l’immédiat on va les laisser faire plus ample connaissance car cette guitare est arrivée à l’atelier quasiment le jour où elle a été achetée.

20121123-210253.jpg

20121123-211838.jpg
Je fais également des photos du faïençage de la table, elles s’ajoutent à la photothèque et elles me serviront de référence lorsque j’aurai besoin de reproduire un faïençage de ce type sur un futur boulot.

Coût de l’opération:
Décollage de la touche, nettoyages, recollage, réparation des filets, retouches de teinte et respray du manche: 110,00€
Réparation du micro: déssertissage et débobinage, rebobinage remontage, participation aux frais d’approvisionnements fil spécial, total micro: 110,00 €
Planif des frettes, réglages: 55,00 €
Jeu de cordes offert
TOTAL GENERAL: 275,00 €