Vocation inaltérable.

Livre de l’exposition, vu à la cité musicale de Metz en décembre 2017.

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TV-Caster in matt black (vendue)

Pinstriping is not a crimematblack

 

Corps / Body : 2 pièces en frêne européen / 2 pieces european ash
Manche / neck : 1 pièce en érable américain / 1 piece American Hard maple
Micros / Pickups : Patrice Blanc boutique Single Barrel Old Reserve
Potentiomètres / Pots: CTS
Selecteur 3 positions / 3 way switch : CRL
Jack: Switchcraft
Capacité de tonalité / Tone Capacitor: Sprague
Mécaniques / Tuners : Gotoh
Chevalet  / Bridge : Gotoh
All other metal parts: Gotoh
Engraved Heastock / Neck Plate

L’histoire:
A l’origine, (40′, 50′ & 60′ ) il y avait des jeunes sans budgets et passionnés de vitesse qui travaillaient sur les voitures de série pour en faire des bêtes de courses après les avoir dépouillées, après avoir découpé et rabaissé le toit pour gagner en aérodynamique et bien sûr après en avoir remplacé les moteurs par des big-blocks sur-gonflés.
Une fois la travail terminé, il n’y avait plus de sous pour la déco, et puis vu les risques que couraient les voitures en terme de longévité, il n’y avait aucun interêt à pousser les finitions plus que ça. Elles recevaient donc un rapide coup de primaire (peinture antirouille) le plus souvent noir mat, et finissaient ainsi. Le jantes rouges et les pneus à flancs blancs étaient le « dress code » final de la catégorie, les préparations y répondant recevait alors le nom de « rat ».

Aujourd’hui, le terme « rat » est appliqué à une déclinaison quelque peu exagérée de ces versions d’origine qui cultive un look rouille plus proche de la déco steam-punk que de l’esprit racing natif. Comme souvent, lorsque la décoration prend le dessus sur la fonction, on se retrouve dans une exagération performative qui arrive à satisfaire un public avide de modes et peu  au courant de la véritable génèse.

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Présentée à l’exposition Américan Tour Festival au mois de juillet 2017, cette guitare est arrivée dans sa robe noire mate et équipée de ses pièces patinées mais ne possédait pas sa décoration pinstripée sur la table. C’est la rencontre avec Yann , pinstriper virtuose de Clermont-Ferrand et exposant à ce salon qui a été déterminante pour la finition de cette guitare.
Pour m’être moi-même confronté à cette discipline avec l’espoir qu’un jour je réaliserai mes propres pinstripings à volonté sur mes guitares, j’en ai conclu que, même en persévérant, je serai incapable de produire des modèles de qualité « expo » avant 4 ou 5 ans. D’autant que le petit format d’une guitare demande une précision accrue en comparaison d’un grand format type caisse américaine.

Le Pinstriping:
Le pinstriping est un art qui remonte au XVIII ème siècle aux USA  à l’époque où les nouveau colons-commerçants avaient besoin de faire reconnaitre leurs devantures et rendre celles-ci attractives. Il existait pour cela des artistes de pinceau, spécialisés en lettering (lettrages) , scrolling (volutes)  et autre pinstriping (lignes).
Le pinstriper travaille avec des pinceaux dits « trainards » qui ont pour particularité d’avoir un manche court et une mêche longue, celle ci étant réalisée quasi exclusivement à partir de poils d’écureuils.

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Les pinstripers les plus virtuoses ne tracent en général qu’un seul repère (souvent la verticale ) de départ et développent leurs lignes à l’improvisation autour de ce repère (d’où l’appellation « freehand pinstriping ». Aucune erreur n’est permise, aucune retouche possible, la symétrie doit être parfaite, mais en observant de très près, on peut se rendre compte qu’aucun des traits n’est régulier et que tout à bien été tracé à la main. Pour avoir observé Yann pendant qu’il faisait le travail, je peux vous garantir que la pression est au rendez-vous, et que j’ai souvent retenu mon souffle avec lui du début à la fin de ses traçages!
De fait, ces artistes apportent souvent la touche finale sur les réalisations de customs tant auto que moto, et certains d’entre eux sont si appréciés qu’on les fait venir de loin pour poser leur pinceaux sur une belle carrosserie tout juste livrée.
Un pinstriping est réalisé par dessus la peinture finale, il n’est pas protégé par le vernis et impose de ce fait un respect naturel quant à sa conservation.
Evidemment, les pinstripings en décalcomanies ou en traçages / masquages, même s’ils sont réalisables, sont totalement proscrits de la discipline sauf si vous voulez faire croire que votre « custom » n’est en fait qu’un « tuning », ce qui serait dommage!

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Bon, mais une telle profusion d’explications pourrait laisser penser que l’instrument de musique passe en arrière plan et bien sûr il n’en est rien, puisque cette guitare est réalisée en frêne d’Europe, que son manche est un « one piece maple neck » en érable américain sans touche rapportée et équipé d’un truss rod double action.
Entièrement taillé à la main, comme pour toutes nos guitares, ce manche se caractérise par une prise en main très naturelle et c’est évident: tout au long du processus de fabrication, je me laisse guider par les sensations de cette pièce de bois qui évolue dans ma main, de telles sensation ne peuvent pas être produites autrement, de même qu’aucune modélisation n’arrivera à reproduire les sensations d’un ampli à lampes.  Et pour se marier au mieux justement avec un tel ampli, elle reçoit nos micros boutique Single Barrel Old Reserve, fabriqués à l’ancienne, avec des matériaux à l’ancienne.

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Toutes les pièces ont été reliquées par nos soins à l’atelier et ce, afin d’obtenir un résultat cohérent dans la présentation et dans l’esprit hot-rod.

Retrouvez les conditions de vente sur le site à la rubrique « disponibles »

Merci à Yann pour son travail irréprochable / facebook / instagram 

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Deep West « Jungle Belle »

Il y a une dizaine d’année en arrière, j’ai décidé de ne plus faire que des guitares une à une, à la pièce, au rythme d’une dizaine  par an, en excluant quasiment toutes les commandes pour laisser à mes clients la possibilité d’essayer la guitare avant de l’acheter. Ainsi pas de mauvaise surprise, ni pour le client , ni pour moi, pas de délais d’attente, et pour moi la liberté de créer à volonté en fonction de mes envies, de mon inspiration  et de mon stock de bois. Je déroge parfois à cette règle, lorsque le projet est intéressant et qu’il correspond mes évolutions personnelles et professionnelles. Etonnamment, alors qu’à mes débuts, je m’amusais à créer des guitares du style « jamais vu », cette liberté me rapproche des grands classiques sobres et discrets.

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Snake wood, Waverly tuners, engraved headstock logo

 

Cette nouvelle guitare n’échappe pas à la règle et je m’étais fixé comme exercice pour ce modèle de faire l’objet le plus épuré possible. Pourtant sous ses airs sobres, classiques et sages pour un oeil non exercé, cette Deep West recense les plus beaux bois de l’atelier, et particulièrement l’emploi de ce magnifique bois d’amourette mouchetée autour duquel toute la guitare s’est articulée.

Ce bois extraordinaire originaire d’Amérique du sud est d’une densité et d’une dureté hors du commun, à tel point qu’il tient son autre nom « bois de lettre » au fait qu’il fut utilisé par les jésuites comme matière première pour les caractères d’imprimerie, en lieu et place du plomb.  Et c’est aussi en raison de son incroyable couleur et ses effets moirés que  son nom le plus souvent utilisé est « Bois de Serpent », « snake wood » en anglais.

En traduisant « snake wood » par « bois DE serpent », on a tendance alors à le confondre avec le « Bois Serpent » de Guyanne, Ce sont bien deux espèces différentes, le notre étant  de la variété des magnolias alors que le bois serpent de Guyanne est de la variété des mimosacées. A travailler, ce bois est effectivement très dur et très lourd, il a tendance à faire des échardes très agressives mais il offre un poli supérieur à tous les autres bois durs et exotiques, y compris l’ébène. Il est d’une grande stabilité mais il faut dire aussi que ce spécimen est très vieux donc sec à son maximum. Voilà pour la partie botanique.

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 End trim strip + ebony strap button

Pour l’anecdote, je possède de quoi faire une guitare complète dans ce bois: fond en deux pièces symétriques et éclisses. Là c’était pour faire connaissance, mais je compte m’attaquer prochainement à la réalisation de cette prochaine guitare tout en amourette mouchetée. Reste à savoir si il y a des solutions pour cintrer une paire d’éclisse en amourette mouchetée! Je vais donc commencer par mettre une éclisse à épaisseur, la cintrer -ou du moins essayer- et si ça marche, je continue et finis la guitare. Si cela s’avère impossible, alors je garde le bois pour faire autre chose, filets, plaques de têtes, tables de guitares électriques peut-être, bref, il y aura toujours un destin musical qui attendra ce bois.

Deep West 
C’est le nom que je donne à mon modèle au format Dreadnought.

J’entretiens un drôle de rapport avec ce modèle de guitare: épaules carrées, pas de taille, hanches larges, forme ultra usitée, mille fois copiée , devenue standard de la guitare folk à cordes acier, elle ne correspond pas vraiment d’un point de vue fluidité des courbes à la cambrure féminine à laquelle on associe généralement l’instrument. Mais pour moi, sa sonorité complètement liée à sa forme a complètement occulté les réticences esthétiques que j’avais jusqu’au moment où j’ai fini par la trouver tout simplement belle, fluide dans ses formes et subtile dans ses détails, à la fois radicale et minimaliste, imposante et discrète.
Ce modèle de guitare s’est taillé la part du lion dans l’histoire de la musique américaine, folk, bluegrass  mais aussi country, rockn’roll et rockabilly, et c’est justement sur ce dernier style que j’ai voulu porter l’accent avec cet apport de bois moucheté et ses effet peau de panthère chers à l’iconographie particulière et très codifiée de ce style, associé aux non moins symboliques pin-up, jungle, tiki, creepers, costards et gomina, qu’ils évoquent inévitablement.

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 Snake wood bindings

D’un point de vue purement technique de construction, j’ai fait des choix qui marquent mes évolutions personnelles autour de ce modèle, évolutions techniques, esthétiques et sonores:

Par exemple, je me suis longtemps demandé comment procédait la compagnie Martin® pour que les manches soient en vernis satinés alors que les corps sont finis en vernis brillants. (Je parle pour leurs modèles traditionnels et historiques). J’imaginais mal les ouvriers en train de masquer un corps déjà vernis en cellulo brillant puis vernir le manche en cellulo mat ou réciproquement.

D’autre part, la compagnie Martin® et l’une des seules qui offre la possibilité des procéder au démontage d’un manche collé en cas de besoin afin de contrebalancer l’évolution quasi inéluctable du renversement de manche qui , associé au gonflement de la table, peut rendre au bout de quelques années le jeu un peu trop difficile et désagréable du fait que la hauteur que prennent les cordes par rapport au manche.

J’ai donc réalisé en voyant des photos d’usine que -aussi incroyable que ça puisse paraître- les manches et les caisses sont finis et vernis séparément PUIS assemblés et collés aux caisses via la queue d’aronde.

Je pense que cela complique largement le travail, et demande surtout une précision ultime, absolue, parfaite et irréprochable.  Mais cela offre la possibilité d’intervenir au bout de plusieurs années (comme on le fait sur les violons) pour redonner un sérieux coup de jeune à la guitare, alors que -justement- elle a acquis le meilleur de sa sonorité.

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Snakewood bindings/heel cap, Honduras Mahogany neck, two types of varnish

Recouvrir le manche d’un vernis satiné le rend plus agréable au toucher. Et tant qu’à pousser le bouchon de la perfection, j’en profite pour recouvrir le manche en vernis non pas cellulosique, mais polyuréthane bi-composant. Car le vernis cellulosique à deux fâcheuses tendances:

-d’une part le satiné devient très vite brillant au contact de la main qui le polit très rapidement, annulant ainsi son aspect et son toucher satiné,  et d’autre part beaucoup de guitaristes se plaignent de l’effet pelucheux et collant du vernis cellulosique lorsque la paume de la main devient moite. J’appose donc un fin film de vernis polyuréthane qui reste satiné, doux et soyeux quelques soient les conditions de jeux. Je suis bien sûr  persuadé que ce choix n’a aucune incidence sur le son, d’autant que je le passe en couche de finition ultra-fine.

Chacun de ces choix, chacune de ces décisions sont dictés par la volonté d’offrir un objet à la hauteur des attentes des plus exigeants. Chaque guitare de ma fabrication reprend ces cahiers des charges

Les manches de ma fabrication sont, à l’instar des guitares originales, réalisés d’une seule pièce en acajou du Honduras parfaitement sur quartier.

Ici pas de talon composé de multiples pièces empilées les unes sur les autres, pas de tête rapportée et collée , le manche est réalisé d’une seule et unique pièce, issue d’un bloc parfaitement sélectionné.

diamond-dart-shape-neckMécaniques Waverly, dart or diamond shape peghead, grand trad.

La table vient d’Italie, c’est un épicéa des Dolomites que j’ai rapporté de chez un revendeur spécialisé en bois de lutherie, et son histoire se trouve à cette page: https://lutheriepatriceblanc.wordpress.com/2014/04/30/la-gueule-du-bois-3/ sur ce même blog. Pour l’anecdote, le massif des Dolomites est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Ainsi vous avez à peu près tous les éléments qui entrent en compte dans la fabrication d’une telle guitare, précieuse, soignée, choyée depuis la naissance de ses bois jusqu’à leur fusion en un objet sonore d’exception, unique et charismatique, pourvu d’une forte personnalité tant esthétique que sonore.

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 Deep West "Jungle Belle"pour finir l'année en beauté

Continental Cosy Corner (vendue)

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Cette guitare monochromatique m’a été inspirée par les guitares que j’observais dans ma jeunesse sur le seul livre documentaire -une bible- qui existait à l’époque et que j’ai eu la chance de posséder: « Le grand livre de la guitare » de Tom et Mary Evans.

Ce livre fondateur était illustré de centaines de photos de guitares mais toutes en noir et blanc, qui ne me laissaient pas d’autre choix que de faire appel à mon imagination pour les coloriser. De plus certaines d’entre elles devaient mesurer 3 cm de haut et l’impression était si peu précise qu’aucun vernis ne semblait les recouvrir.
De ces observations, notamment au chapitre guitares jazz américaines, j’ai imaginé cette guitare, et je l’ai réalisée presque 40 ans plus tard. Aucune idée pourquoi j’ai attendu aussi longtemps. Peut-être parce que je n’y pensais plus, peut-être parce qu’elle n’était pas finalisée dans mon esprit et peut-être que d’un point de vue technique, je n’avais pas la maturité nécessaire pour arriver à un tel degré de sobriété.
… Comme entre temps j’ai appris pas mal de choses, genre fabriquer mes micros type P90 ou encore les patiner et patiner les pieces détachées d’une manière crédible, il se trouve qu’elle ne pouvait donc pas être prête avant.

Et puis il y a tout le reste, la fabrication des voûtes plaquées, les vernis satinées, la patine des acajous, ces petites incrustations tellement art-déco, le nouveau logo, les autres idées, je pense que plus tôt aurait été trop tôt.

Au final, je réalise que plus c’est simple, plus c’est sobre, plus c’est discret, plus c’est long et difficile à obtenir surtout lorsque cette pseudo-simplicité recèle des trésors de technicité.
Alors voilà donc une nouvelle petite guitare, pas clinquante, pas blingbling qui pourrait s’appeler « Eloge de l’ombre » en référence à un livre de l’écrivain japonais  Tanizaki dans lequel l’auteur défend une esthétique de la pénombre, du secret, de la réserve, du mystère en opposition au clinquant ostentatoire de l’esthétique occidentale.
Je ne l’ai pas équipée de potentiomètres de volume ou de tonalité, elle n’est présentée qu’avec un seul micro, mais nous discuterons avec son futur propriétaire des options possibles et des choix qu’il fera quant à ses équipements et les sonorités qu’il désire obtenir.

A propos de sonorités : je réalise que tout à ma contemplation, j’ai omis de parler de ce point essentiel: Les voûtes de table et de fond de ma fabrication reprennent les épaisseurs des premières guitares de ce genre fabriquées dans les années 60, et notamment celles des premières guitares Gretsch®. Ces guitares avaient toutes une table et un fond très fins et de ce fait produisaient un volume acoustique nettement plus important que les guitares actuelles. L’utilisation de l’acajou, si elle n’est pas commune sur ce genre d’instruments, renforce le côté acoustique de celui-ci et toute personne qui l’essaye est de prime abord surprise par sa puissance acoustique, son sustain et son expressivité. Ces qualités se retrouvent une fois branchée et nul doute qu’un bon guitariste saura trouver ses qualités et les adapter aux besoins de son jeu. D’autres modulations seront possible alors en fonction des choix de micros et des contrôles installés.
Pour rappel, les lettres des modèles « ES » de chez Gibson signifiaient « Electric Spanish » , indiquant par là le mariage sonore de ces séries à une époque ou les micros piezzo électro-acoustiques n’existaient pas.

Mais mieux que des mots, un passage à l’atelier vous donnera une idée plus précise des qualités de cette guitare unique et hors du commun.
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