Deep West « Jungle Belle »

Il y a une dizaine d’année en arrière, j’ai décidé de ne plus faire que des guitares une à une, à la pièce, au rythme d’une dizaine  par an, en excluant quasiment toutes les commandes pour laisser à mes clients la possibilité d’essayer la guitare avant de l’acheter. Ainsi pas de mauvaise surprise, ni pour le client , ni pour moi, pas de délais d’attente, et pour moi la liberté de créer à volonté en fonction de mes envies, de mon inspiration  et de mon stock de bois. Je déroge parfois à cette règle, lorsque le projet est intéressant et qu’il correspond mes évolutions personnelles et professionnelles. Etonnamment, alors qu’à mes débuts, je m’amusais à créer des guitares du style « jamais vu », cette liberté me rapproche des grands classiques sobres et discrets.

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Snake wood, Waverly tuners, engraved headstock logo

 

Cette nouvelle guitare n’échappe pas à la règle et je m’étais fixé comme exercice pour ce modèle de faire l’objet le plus épuré possible. Pourtant sous ses airs sobres, classiques et sages pour un oeil non exercé, cette Deep West recense les plus beaux bois de l’atelier, et particulièrement l’emploi de ce magnifique bois d’amourette mouchetée autour duquel toute la guitare s’est articulée.

Ce bois extraordinaire originaire d’Amérique du sud est d’une densité et d’une dureté hors du commun, à tel point qu’il tient son autre nom « bois de lettre » au fait qu’il fut utilisé par les jésuites comme matière première pour les caractères d’imprimerie, en lieu et place du plomb.  Et c’est aussi en raison de son incroyable couleur et ses effets moirés que  son nom le plus souvent utilisé est « Bois de Serpent », « snake wood » en anglais.

En traduisant « snake wood » par « bois DE serpent », on a tendance alors à le confondre avec le « Bois Serpent » de Guyanne, Ce sont bien deux espèces différentes, le notre étant  de la variété des magnolias alors que le bois serpent de Guyanne est de la variété des mimosacées. A travailler, ce bois est effectivement très dur et très lourd, il a tendance à faire des échardes très agressives mais il offre un poli supérieur à tous les autres bois durs et exotiques, y compris l’ébène. Il est d’une grande stabilité mais il faut dire aussi que ce spécimen est très vieux donc sec à son maximum. Voilà pour la partie botanique.

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 End trim strip + ebony strap button

Pour l’anecdote, je possède de quoi faire une guitare complète dans ce bois: fond en deux pièces symétriques et éclisses. Là c’était pour faire connaissance, mais je compte m’attaquer prochainement à la réalisation de cette prochaine guitare tout en amourette mouchetée. Reste à savoir si il y a des solutions pour cintrer une paire d’éclisse en amourette mouchetée! Je vais donc commencer par mettre une éclisse à épaisseur, la cintrer -ou du moins essayer- et si ça marche, je continue et finis la guitare. Si cela s’avère impossible, alors je garde le bois pour faire autre chose, filets, plaques de têtes, tables de guitares électriques peut-être, bref, il y aura toujours un destin musical qui attendra ce bois.

Deep West 
C’est le nom que je donne à mon modèle au format Dreadnought.

J’entretiens un drôle de rapport avec ce modèle de guitare: épaules carrées, pas de taille, hanches larges, forme ultra usitée, mille fois copiée , devenue standard de la guitare folk à cordes acier, elle ne correspond pas vraiment d’un point de vue fluidité des courbes à la cambrure féminine à laquelle on associe généralement l’instrument. Mais pour moi, sa sonorité complètement liée à sa forme a complètement occulté les réticences esthétiques que j’avais jusqu’au moment où j’ai fini par la trouver tout simplement belle, fluide dans ses formes et subtile dans ses détails, à la fois radicale et minimaliste, imposante et discrète.
Ce modèle de guitare s’est taillé la part du lion dans l’histoire de la musique américaine, folk, bluegrass  mais aussi country, rockn’roll et rockabilly, et c’est justement sur ce dernier style que j’ai voulu porter l’accent avec cet apport de bois moucheté et ses effet peau de panthère chers à l’iconographie particulière et très codifiée de ce style, associé aux non moins symboliques pin-up, jungle, tiki, creepers, costards et gomina, qu’ils évoquent inévitablement.

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 Snake wood bindings

D’un point de vue purement technique de construction, j’ai fait des choix qui marquent mes évolutions personnelles autour de ce modèle, évolutions techniques, esthétiques et sonores:

Par exemple, je me suis longtemps demandé comment procédait la compagnie Martin® pour que les manches soient en vernis satinés alors que les corps sont finis en vernis brillants. (Je parle pour leurs modèles traditionnels et historiques). J’imaginais mal les ouvriers en train de masquer un corps déjà vernis en cellulo brillant puis vernir le manche en cellulo mat ou réciproquement.

D’autre part, la compagnie Martin® et l’une des seules qui offre la possibilité des procéder au démontage d’un manche collé en cas de besoin afin de contrebalancer l’évolution quasi inéluctable du renversement de manche qui , associé au gonflement de la table, peut rendre au bout de quelques années le jeu un peu trop difficile et désagréable du fait que la hauteur que prennent les cordes par rapport au manche.

J’ai donc réalisé en voyant des photos d’usine que -aussi incroyable que ça puisse paraître- les manches et les caisses sont finis et vernis séparément PUIS assemblés et collés aux caisses via la queue d’aronde.

Je pense que cela complique largement le travail, et demande surtout une précision ultime, absolue, parfaite et irréprochable.  Mais cela offre la possibilité d’intervenir au bout de plusieurs années (comme on le fait sur les violons) pour redonner un sérieux coup de jeune à la guitare, alors que -justement- elle a acquis le meilleur de sa sonorité.

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Snakewood bindings/heel cap, Honduras Mahogany neck, two types of varnish

Recouvrir le manche d’un vernis satiné le rend plus agréable au toucher. Et tant qu’à pousser le bouchon de la perfection, j’en profite pour recouvrir le manche en vernis non pas cellulosique, mais polyuréthane bi-composant. Car le vernis cellulosique à deux fâcheuses tendances:

-d’une part le satiné devient très vite brillant au contact de la main qui le polit très rapidement, annulant ainsi son aspect et son toucher satiné,  et d’autre part beaucoup de guitaristes se plaignent de l’effet pelucheux et collant du vernis cellulosique lorsque la paume de la main devient moite. J’appose donc un fin film de vernis polyuréthane qui reste satiné, doux et soyeux quelques soient les conditions de jeux. Je suis bien sûr  persuadé que ce choix n’a aucune incidence sur le son, d’autant que je le passe en couche de finition ultra-fine.

Chacun de ces choix, chacune de ces décisions sont dictés par la volonté d’offrir un objet à la hauteur des attentes des plus exigeants. Chaque guitare de ma fabrication reprend ces cahiers des charges

Les manches de ma fabrication sont, à l’instar des guitares originales, réalisés d’une seule pièce en acajou du Honduras parfaitement sur quartier.

Ici pas de talon composé de multiples pièces empilées les unes sur les autres, pas de tête rapportée et collée , le manche est réalisé d’une seule et unique pièce, issue d’un bloc parfaitement sélectionné.

diamond-dart-shape-neckMécaniques Waverly, dart or diamond shape peghead, grand trad.

La table vient d’Italie, c’est un épicéa des Dolomites que j’ai rapporté de chez un revendeur spécialisé en bois de lutherie, et son histoire se trouve à cette page: https://lutheriepatriceblanc.wordpress.com/2014/04/30/la-gueule-du-bois-3/ sur ce même blog. Pour l’anecdote, le massif des Dolomites est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Ainsi vous avez à peu près tous les éléments qui entrent en compte dans la fabrication d’une telle guitare, précieuse, soignée, choyée depuis la naissance de ses bois jusqu’à leur fusion en un objet sonore d’exception, unique et charismatique, pourvu d’une forte personnalité tant esthétique que sonore.

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 Deep West "Jungle Belle"pour finir l'année en beauté
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Deep-West d’octobre 2014

Et on continue dans le voyage au coeur des guitares avec cette nouvelle réalisation issue de la plus pure culture American trad.

 

 

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Par ces guitares, je reviens à mes premières amours, lorsque guitariste ado et fan de Picking, je ne rêvais que de cordes acier, guitares folk, et lutherie.

Mes premiers essais en lutherie furent donc ces guitares folk à cordes acier, mais j’avais le sentiment que tout cela était bien trop difficile pour moi, et je profitais d’un virage en tant que bassiste pour m’orienter vers la lutherie électrique dans laquelle j’ai sévi ensuite pendant de nombreuses années. Ce n’est que des décennies plus tard que je revenais à ces guitares acoustiques, armé d’une technique précise que m’a imposé la guitare électrique -La précision requise pour le métal mais appliquée au bois- et enrichi d’une culture country / Folk / Rock nettement élargie par rapport à mes connaissances issues à l’époque de l’école Marcel Dadi.

Je n’ai jamais vraiment aimé les formes peu souples des modèles Dreadnought: épaules carrées, taille peu marquée, tête minimaliste, mais il faut bien avouer qu’en termes de projection sonore, de largeur de spectre, de dynamique, de grain, elle est imbattable, et les guitares qui m’ont le plus impressionné, même si elles ne sont pas nombreuses sont les formes dreadnought. Et au final, j’aime tellement ce son que j’en aime ce physique austère…

Pour ma part, faire ces incursions dans le domaine du connu est une distraction, une détente, un plaisir qui me permet de travailler le bois, le son, utiliser mes outils et laisser un peu de côté les crayons et les dessins, mettre le cerveau momentanément en stand-by pour lui laisser l’espace nécessaire à sa régénération créatrice.


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palissandre indien, manche acajou du brésil, filets ivoroïde, talonette en ivoire de mamouth

Je rejoins ainsi les luthiers classiques, guitare ou quatuor, pour qui toute décoration -si elle n’est pas dictée par des impératifs fonctionnels, tels que les filets- alourdit inutilement l’instrument et visuellement et physiquement. Après chacun est libre de fabriquer et d’acheter ce qu’il veut et qu’il juge esthétiquement compatible avec ses propres goûts.

La table en épicéa de Sitka (Variété d’épicéa d’Amérique du Nord) marquée par des « griffe d’ours », (bear claw ou chenillage) possède une très belle maille longue attestant d’une coupe parfaitement sur quartier; sa sonorité équilibrée est granuleuse à souhait, sa matière sonore très riche, fournie, chargée en basses précises, puissantes et grainées, en aigues fines et très légèrement scintillantes, sans acidité, plus finement grainées que les basses se marient parfaitement dans un ensemble à la fois massif et aux notes détachées.


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table en épicéa de sitka, variété « bear claw »

Les traces dites « griffe d’ours » seraient -semble-t-il- un accident génétique qui ne concerne que les épicéas mâles, d’où d’une part leur rareté, et d’autre part les qualités sonores qu’on leur trouve. Ces épicéas sont plus nerveux que les classiques et lorsqu’on leur choisit des accroissements un peu larges, ils offrent de belles basses, des réponses vives et un sustain considérable. Pour lui garder de la nervosité, j’ai opté pour un barrage scaloppé mais légèrement plus reculé que le « forward bracing » utilisé avant guerre.

Le fond et les éclisses sont issus d’un vieux palissandre indien, très sobre et élégant, parfaitement sur quartier lui aussi.

Les autres éléments, sillets en os, filets en érable, ébène et ivoroïde, manche en acajou du Brésil, touche et chevalet en ébène, placage de tête parfaitement séchés sont dans l’esprit on ne peut plus trad et sobre complètement raccords avec ce genre de modèles.
Afin de coller au mieux aux techniques de fabrications américaines, je procède à l’assemblage du manche et de la caisse de résonance une fois ceux-ci vernis et finis. Cela à pour avantage de rendre plus évident les ponçages des différentes pièces, de limiter les accumulations de vernis aux jointures du talon, de rendre les polissages plus simples, de faciliter le démontage du manche si un jour la guitare à besoin d’un neck reset. L’assemblage se fait par tenon et mortaise en queue d’arronde et celui ci est collé (et non pas boulonné comme le font certains fabricants). Cette technique permet également l’utilisation de deux types de vernis différents pour la caisse (nitro-cellulosique brillant) et pour la manche (fin et satiné pour un toucher plus doux).


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mécaniques Grover open-back, truss-rod double action.

Le chevalet est un modèle désigné par mes soins et se marie totalement avec le reste de la guitare en la signant d’une petite touche personnelle et discrète. Et tant qu’à parler de signature, celle insérée dans la tête est en métal massif, chantourné et incrusté à la main. Le filet turquoise qui cerne la rosace est quant à lui un repère bien connu de l’atelier et des guitares qui en sortent. Et pour finir cette description, le « heel cap » (talonette qui recouvre le bas du talon) est en ivoire de mamouth d’environ 10000 ans!

Guitare visible à l’atelier, en stock et disponible sans délai

-Edit du 17 novembre: Cette Deep West à trouvé preneur et n’est plus disponible-


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La gueule du bois (suite)

Je viens de parcourir 3000 km en une semaine dans un fourgon pas tout jeune pour rapporter quelques feuilles d’épicéa, futures tables de guitares. Cela peut sembler incompréhensible, mais lorsque que l’on connaît tous les paramètres qui font qu’une guitare est une guitare d’exception, alors un tel voyage se justifie.

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(achat d’une grume d’épicéa des Alpes)

Il faut imaginer que la table est le « moteur » de votre guitare, que la sonorité vient à 80% de la table, de sa croissance, de sa coupe, de son séchage, de son calibrage, de sa voûte, de ses barrages, (eux même sélectionnés rigoureusement) de son accordage, de son assemblage, de son vernissage. Un tel voyage est donc complètement justifié pour qui n’a comme seul objectif de ne fabriquer que le meilleur possible. Les critères de choix étant personnels et uniques en fonction de notre expérience propre, il est IMPOSSIBLE de confier le choix de tables 5 étoiles à une tierce personne et donc de se les faire expédier.

Mon ami le luthier Jean-Pierre Picard ayant déjà fait plusieurs fois le trajet jusqu’en Italie, il m’a proposé que nous allions ensemble faire un tour afin de rapporter quelques unes de ces précieuses et belles tables en épicéa d’Europe que nous envient le monde entier.
Belle occasion également de découvrir son atelier qu’il a installé dans la ville de Sallanches après avoir quitté mon atelier grenoblois dans lequel il travaillait depuis plusieurs années. Également l’occasion de voir pour la première fois le Mont Blanc (la famille quoi!) et l’Italie de laquelle je suis moi même composé de moitié. 🙂

Nous voilà donc partis au petit matin afin de dérouler plusieurs centaines de km qui nous séparent de la fameuse réserve de bois dont Jean-Pierre m’avait mainte fois vanté les qualités. Au passage l’occasion de bavarder du métier, de nos inventions, du matériel et des nouveautés, des anecdotes, autant vous dire que le trajet ne nous a pas paru bien long et qu’on a bien rigolé!

J’ai souvent eu l’occasion de visiter des parcs à bois, j’ai, à plusieurs reprises, acheté des grumes entières pour les faire débiter à mes côtes et selon mes besoins, c’est un travail! Il faut du temps, du matériel de manutention, une scierie, des lieux de séchage, des lieux de stockage et tout cela est à ajouter au prix d’achat des troncs d’arbres. Passer par des revendeurs de bois pré-débités n’est pas la solution la plus économique mais elle à l’avantage de permettre de se constituer un stock de bois variés en veinages , en résistance et en densités afin d’offrir un panel de sonorités et de finitions plus larges. Pour finir, même si les bois de tables et de barrages sont exactement de la même espèce, ils sont diamétralement opposés en ce qui concerne leur critères de choix et -en ce qui concerne les miens- ne peuvent être obtenus dans le même arbre.

L’épicéa des alpes est un bois commun, l’épicéa des alpes qualité lutherie est un bois rare, et celui exactement que je recherche particulièrement est donc le graal ! D’une manière générale, ce bois doit avoir poussé en altitude, entre 1000 et 1500 m, il a dans les 250 ans et il est droit de fil, il n’a pas connu de sécheresse violente et durant plusieurs années, et il n’a pas subi d’éclaircie radicale dans son environnement immédiat, ce qui aurait eu pour conséquence de lui créer des lignes de croissance d’un seul coup très larges et donc de donner une table irrégulière.

Ensuite, l’arbre doit avoir été coupé impérativement en hiver, au moment où il est le plus vide de sève, puis une fois coupé, il doit avoir été stocké soit au froid, et débité rapidement, soit arrosé en permanence. Une fois débité, les feuilles numérotées doivent être litelées et stockées en séchage lent, sans soleil, avec une ventilation légère, puis régulièrement retournées… Rien que ça…

Nos amis italiens, forts de leurs traditions ancestrales en matière de lutherie du quatuor et par extension des mandolines et des guitares, se chargent donc de tout le travail en amont et offrent ces beaux bois séchés, rangés par années, par essences, et c’est ainsi que nous avons passé quelques heures à soulever et observer planchette après planchette, des centaines de tables de guitares en cherchant les plus belles, les plus maillées, les plus unies, les plus fermes et nerveuses, et celles qui correspondent à nos goût uniques et particuliers.

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Un choix impressionnant: des érables, des épicéas, mais également des bois exotiques… A luthier’s dream! …

Bilan, 3000 km depuis Nantes, un voyage long, agréable et fatiguant, pour rapporter de quoi faire les meilleurs guitares possible. A ce niveau là, ce n’est plus du marketing, c’est de la foi. Vous comprendrez maintenant pourquoi lorsque je fabrique une guitare il y a un prix induit inévitable, car ce prix tient compte du fait que le « moyen » le « passable » le « pas mal » et « l’à peu près » ne sont plus possible dans mon atelier en imaginant qu’ils aient pu l’être un jour.

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En ébénisterie, on dit qu’il faut un an de séchage par centimètre d’épaisseur, cette table a 11 années pour 5mm d’épaisseur!…

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Ma première bille d’épicéa

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(archives de mon époque grenobloise)

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Une nouvelle création quitte l’atelier

Créée il y a deux ans, cette belle folk au format dreadnought attendait sagement dans son étui qu’un client insiste un peu pour l’essayer. Bruno alias « Jerry » fut celui-ci et il ne put retenir son coup de coeur même devant sa vieille Martin D28 qui dignement s’inclina.

Beaucoup de particularités signent cette guitare qui, par un jeu de lignes audacieuses, modernes et incroyablement intègrées aux courbes de ce grand classique pourtant des millions de fois décliné, va chercher un sang neuf dans les sphères créatives du design pour s’élever vers un esprit néo-trad.

Les repères usuels sont ici emportés dans des mouvements dynamiques, souples, et tendus à la fois, et comme souvent lorsque je fais des propositions de dessins, l’originalité devient évidence.
(edit du 16/10/2012): Lorsque je parle de « repères usuels » je ne parle pas des repères de touche, -(j’en vois qui cherchent maintenant à « repères de touche patrice blanc :))- mais des grandes lignes qui nous permettent de cataloguer un objet par date, auteur, style, historique, famille…)

Côté moteur, la table est en épicéa des alpes, arbre que j’ai moi-même choisi alors qu’il venait d’être abattu, et que j’ai fait débiter selon les règles et sécher de manière naturelle dans des séchoirs à noix du dauphiné. C’est la première guitare que je fabrique avec ce bois, et plus aucun doute: Il sonne!
La touche et le chevalet sont en buis, notre « ébène local ». Celui-ci est de taille suffisamment respectable pour en sortir une touche ce qui en soit est déjà remarquable. S’ajoute à ceci un chevalet au profil innovant mais dont je ne dévoilerai pas les photos car cette petite invention à vocation acoustique est en cours de dépôt et de négociation avec des sphères industrielles pour lesquelles je fournis déjà des designs.

On retrouve la belle fileterie turquoise qui caractérise mes création depuis mes débuts, cette teinte étant préparée à l’atelier et les filets d’érable sont immergés pendant plusieurs semaines jusqu’à obtention de la profondeur désirée. Si vous avez déjà vu des filets de bois teintés de manière industrielle, vous comprendrez ce que j’entend par « fade ».

La tête plaquée d’une matière inédite et soulignée d’un liseré chromé joue sur un premier contraste de matières antithétiques avant d’être à nouveau discrètement réunies par un ton-sur-ton boisé et animal. Ces effets de style loin d’être le résultat du hasard sont mon terrain de jeu favori, les années d’observation et d’expérimentation me permettant maintenant de jongler avec les matières et les formes avec une aisance qui vient là encore flirter avec les évidences.

Pour ce qui est de montrer les photos de mes guitares je suis toujours en grève et en manifestation et ce n’est pas prêt de changer. Dommage pour les amoureux de belles guitares.

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