Pure Acoustic Parlor guitar (Vendue)

Sous ses aspects classiques, c’est un véritable prototype.

Tous bois en premier choix, parfaitement débités et séchés.

Table en épicéa des Dolomite Fond et éclisses en Palissandre indien Touche et chevalet en ébène Manche en acajou du Honduras, truss-rod double action Frettes inox vintage Tous barrages en épicéa des Dolomites grain serré Contre-éclisses en acajou du Honduras Placage de tête en Palissandre indien Bindings en ivoroïd, érable et fibre . Mécaniques Waverly Label intérieur réalisé en typographie sur papier texturé.

Habituellement, les guitares de type parlor sont équipées  un manche possédant 12 cases hors caisse, mais ce nouveau petit modèle en possède 14, comme une grande guitare folk.

Jusque là, tout peut sembler assez simple, mais cette simple modification des standards qui déplace le chevalet de quelques centimètres vers la rosace implique une modification assez radicale des barrages , en imaginant leur rôle dans la distribution des fréquences acoustique et le répartition des forces mécanique.

Alors comment, en ce cas, anticiper l’avenir d’un instrument de musique, tant d’un point de vue sonore que d’un point de vue déformation? Seules l’expérience et l’observation, l’analyse et les choix optionnels, les choix des bois et l’observation d’instrument s’en approchant nous permettent de ne prendre aucun risque et de garantir au client qui nous a demandé de créer ce prototype répondant à ses demandes particulières, que sa guitare le suivra durant de nombreuses années et que sa sonorité répondra à ses attentes.

Je crois que la lutherie et un de ces métiers qui nous offre la chance de nous bonifier avec le temps et de nous permettre de gagner en qualité et en crédibilité, du coup je trouve plutôt agréable de prendre de l’âge, de prendre de plus en plus le temps pour peaufiner les détails, perfectionner les gestes, améliorer chaque élément, depuis le dessin jusqu’à l’accordage final. En plus avec l’âge tout devient plus facile, plus fluide et plus lisible, ce qui nous permet de nous lancer des défis tout en en assurant l’issue.

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Vocation inaltérable.

Livre de l’exposition, vu à la cité musicale de Metz en décembre 2017.

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Deep West « Jungle Belle »

Il y a une dizaine d’année en arrière, j’ai décidé de ne plus faire que des guitares une à une, à la pièce, au rythme d’une dizaine  par an, en excluant quasiment toutes les commandes pour laisser à mes clients la possibilité d’essayer la guitare avant de l’acheter. Ainsi pas de mauvaise surprise, ni pour le client , ni pour moi, pas de délais d’attente, et pour moi la liberté de créer à volonté en fonction de mes envies, de mon inspiration  et de mon stock de bois. Je déroge parfois à cette règle, lorsque le projet est intéressant et qu’il correspond mes évolutions personnelles et professionnelles. Etonnamment, alors qu’à mes débuts, je m’amusais à créer des guitares du style « jamais vu », cette liberté me rapproche des grands classiques sobres et discrets.

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Snake wood, Waverly tuners, engraved headstock logo

 

Cette nouvelle guitare n’échappe pas à la règle et je m’étais fixé comme exercice pour ce modèle de faire l’objet le plus épuré possible. Pourtant sous ses airs sobres, classiques et sages pour un oeil non exercé, cette Deep West recense les plus beaux bois de l’atelier, et particulièrement l’emploi de ce magnifique bois d’amourette mouchetée autour duquel toute la guitare s’est articulée.

Ce bois extraordinaire originaire d’Amérique du sud est d’une densité et d’une dureté hors du commun, à tel point qu’il tient son autre nom « bois de lettre » au fait qu’il fut utilisé par les jésuites comme matière première pour les caractères d’imprimerie, en lieu et place du plomb.  Et c’est aussi en raison de son incroyable couleur et ses effets moirés que  son nom le plus souvent utilisé est « Bois de Serpent », « snake wood » en anglais.

En traduisant « snake wood » par « bois DE serpent », on a tendance alors à le confondre avec le « Bois Serpent » de Guyanne, Ce sont bien deux espèces différentes, le notre étant  de la variété des magnolias alors que le bois serpent de Guyanne est de la variété des mimosacées. A travailler, ce bois est effectivement très dur et très lourd, il a tendance à faire des échardes très agressives mais il offre un poli supérieur à tous les autres bois durs et exotiques, y compris l’ébène. Il est d’une grande stabilité mais il faut dire aussi que ce spécimen est très vieux donc sec à son maximum. Voilà pour la partie botanique.

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 End trim strip + ebony strap button

Pour l’anecdote, je possède de quoi faire une guitare complète dans ce bois: fond en deux pièces symétriques et éclisses. Là c’était pour faire connaissance, mais je compte m’attaquer prochainement à la réalisation de cette prochaine guitare tout en amourette mouchetée. Reste à savoir si il y a des solutions pour cintrer une paire d’éclisse en amourette mouchetée! Je vais donc commencer par mettre une éclisse à épaisseur, la cintrer -ou du moins essayer- et si ça marche, je continue et finis la guitare. Si cela s’avère impossible, alors je garde le bois pour faire autre chose, filets, plaques de têtes, tables de guitares électriques peut-être, bref, il y aura toujours un destin musical qui attendra ce bois.

Deep West 
C’est le nom que je donne à mon modèle au format Dreadnought.

J’entretiens un drôle de rapport avec ce modèle de guitare: épaules carrées, pas de taille, hanches larges, forme ultra usitée, mille fois copiée , devenue standard de la guitare folk à cordes acier, elle ne correspond pas vraiment d’un point de vue fluidité des courbes à la cambrure féminine à laquelle on associe généralement l’instrument. Mais pour moi, sa sonorité complètement liée à sa forme a complètement occulté les réticences esthétiques que j’avais jusqu’au moment où j’ai fini par la trouver tout simplement belle, fluide dans ses formes et subtile dans ses détails, à la fois radicale et minimaliste, imposante et discrète.
Ce modèle de guitare s’est taillé la part du lion dans l’histoire de la musique américaine, folk, bluegrass  mais aussi country, rockn’roll et rockabilly, et c’est justement sur ce dernier style que j’ai voulu porter l’accent avec cet apport de bois moucheté et ses effet peau de panthère chers à l’iconographie particulière et très codifiée de ce style, associé aux non moins symboliques pin-up, jungle, tiki, creepers, costards et gomina, qu’ils évoquent inévitablement.

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 Snake wood bindings

D’un point de vue purement technique de construction, j’ai fait des choix qui marquent mes évolutions personnelles autour de ce modèle, évolutions techniques, esthétiques et sonores:

Par exemple, je me suis longtemps demandé comment procédait la compagnie Martin® pour que les manches soient en vernis satinés alors que les corps sont finis en vernis brillants. (Je parle pour leurs modèles traditionnels et historiques). J’imaginais mal les ouvriers en train de masquer un corps déjà vernis en cellulo brillant puis vernir le manche en cellulo mat ou réciproquement.

D’autre part, la compagnie Martin® et l’une des seules qui offre la possibilité des procéder au démontage d’un manche collé en cas de besoin afin de contrebalancer l’évolution quasi inéluctable du renversement de manche qui , associé au gonflement de la table, peut rendre au bout de quelques années le jeu un peu trop difficile et désagréable du fait que la hauteur que prennent les cordes par rapport au manche.

J’ai donc réalisé en voyant des photos d’usine que -aussi incroyable que ça puisse paraître- les manches et les caisses sont finis et vernis séparément PUIS assemblés et collés aux caisses via la queue d’aronde.

Je pense que cela complique largement le travail, et demande surtout une précision ultime, absolue, parfaite et irréprochable.  Mais cela offre la possibilité d’intervenir au bout de plusieurs années (comme on le fait sur les violons) pour redonner un sérieux coup de jeune à la guitare, alors que -justement- elle a acquis le meilleur de sa sonorité.

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Snakewood bindings/heel cap, Honduras Mahogany neck, two types of varnish

Recouvrir le manche d’un vernis satiné le rend plus agréable au toucher. Et tant qu’à pousser le bouchon de la perfection, j’en profite pour recouvrir le manche en vernis non pas cellulosique, mais polyuréthane bi-composant. Car le vernis cellulosique à deux fâcheuses tendances:

-d’une part le satiné devient très vite brillant au contact de la main qui le polit très rapidement, annulant ainsi son aspect et son toucher satiné,  et d’autre part beaucoup de guitaristes se plaignent de l’effet pelucheux et collant du vernis cellulosique lorsque la paume de la main devient moite. J’appose donc un fin film de vernis polyuréthane qui reste satiné, doux et soyeux quelques soient les conditions de jeux. Je suis bien sûr  persuadé que ce choix n’a aucune incidence sur le son, d’autant que je le passe en couche de finition ultra-fine.

Chacun de ces choix, chacune de ces décisions sont dictés par la volonté d’offrir un objet à la hauteur des attentes des plus exigeants. Chaque guitare de ma fabrication reprend ces cahiers des charges

Les manches de ma fabrication sont, à l’instar des guitares originales, réalisés d’une seule pièce en acajou du Honduras parfaitement sur quartier.

Ici pas de talon composé de multiples pièces empilées les unes sur les autres, pas de tête rapportée et collée , le manche est réalisé d’une seule et unique pièce, issue d’un bloc parfaitement sélectionné.

diamond-dart-shape-neckMécaniques Waverly, dart or diamond shape peghead, grand trad.

La table vient d’Italie, c’est un épicéa des Dolomites que j’ai rapporté de chez un revendeur spécialisé en bois de lutherie, et son histoire se trouve à cette page: https://lutheriepatriceblanc.wordpress.com/2014/04/30/la-gueule-du-bois-3/ sur ce même blog. Pour l’anecdote, le massif des Dolomites est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Ainsi vous avez à peu près tous les éléments qui entrent en compte dans la fabrication d’une telle guitare, précieuse, soignée, choyée depuis la naissance de ses bois jusqu’à leur fusion en un objet sonore d’exception, unique et charismatique, pourvu d’une forte personnalité tant esthétique que sonore.

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 Deep West "Jungle Belle"pour finir l'année en beauté

Egalement designer…

Une des facettes de mon activité la moins connue de mes clients du quotidien consiste à fournir à des sociétés des dessins et modèles de guitares destinés à être produits à grande échelle dans les pays dotés d’industries performantes.

Au long de ma carrière, j’ai montré que je suis toujours très attentif à l’aspect visuel qu’offrent mes instruments, me distinguant par des productions qui arrivent à être originales sans être extravagantes, calculées, élégantes, racées, sobres, s’inscrivant dans l’histoire de la guitare sans pour autant copier les anciens (mais bien conscient de leur apport en terme historique) m’attirant les faveurs de musiciens dotés de goûts sûrs, d’amateurs de beaux objets mais également de fabriquants interessés pas mes designs existants. Plus récemment et plus concrètement, mes capacités à répondre à des cahiers des charges précis à l’extrême, m’ont valu être approché par une société dont les objectifs étaient clairement en rapport avec mon expérience et mes compétences.

Pour avoir fabriqué pendant plusieurs années des modèles en série et en pièces uniques et fabriquer encore des modèles en master-builder, tant guitares acoustiques américaines, qu’ électriques, basses, arch-top plaquée et massives, micros, électroniques, pièces, j’ai fait un tour complet des techniques, matériaux, essences de bois, acastillage, vernis et techniques utilisés pour chaque type de guitares. En y ajoutant mon expérience d’entretien, de réparations et de grosses restaurations, j’ai également suivi les évolutions de l’industrie depuis 30 ans, sans compter mon intérêt pour l’instrument depuis mon plus jeune âge…

Ce métier de designer est très prenant et particulièrement interessant car il né et se développe dans une dimension purement intellectuelle et abstraite, oeuvre de l’esprit qui apparaît un jour sous forme de guitares construites par les mains de personnes tierces que je ne rencontre pas.

Le mot design vient de « signe » dans le sens de « trace, marque » (et oui: Marque!) et à donné le mot dessin, Le design n’est pas QUE du dessin et le design n’est pas un art, c’est une discipline complète qui intègre dans des sous-discipline une partie artistique. Mais là où l’art est une démarche spirituelle, émotionnelle, le design est un secteur de l’industrie qui suit un produit depuis sa conception jusqu’à sa commercialisation, c’est un dessin qui doit tenir compte d’une multitude de paramètres et cahier des charges, tels que l’attrait esthétique, l’intégration de repères visuels propres à la marque commanditaire (logos, couleur, forme pré-existante etc…) la mise en oeuvre en série en tenant compte des coûts de production, de l’outil de production disponible ou à créer, des matériaux et des essences de bois disponibles et utilisés, de l’emballage (lui même designé par des studios de designs spécialisés) du transport, de la présentation. Par exemple, on ne crée pas une guitare qui ne pourra pas entrer, de par sa forme, dans un étui standard, ou alors si c’est le cas, on créera l’étui également, avec tous les frais induis par ce choix, (qui nécessite lui aussi une étude de design, esthétique, mecanique, technique etc etc…) et l’étude de marché préalablement réalisée.

La pensée caricatural donne au designer un image de snob qui travaille pour des snobs. Ça c’est le design de galerie, mais ce design démonstratif est aussi un design de recherche qui ouvre des portes sur des tendances, des idées, un peu comme la haute-couture qui présente des collections absolument impossibles à porter par l’Homme de la rue, mais qui annoncent les tendances à venir de par son côté novateur en terme de formes, matériaux , lignes, originalité, audace, inventivité, autant vous dire qu’un designer peut rarement s’auto-proclamer comme tel tant qu’il n’est pas copié ou demandé…

Les moyens colossaux que requière l’industrie pour produire en masse justifient les moyens que doit se donner le designer pour éviter toute erreur qui deviendrait dramatique à l’échelle industrielle. Une petite erreur reproduite en milliers ou millions d’exemplaires peut avoir des conséquences énormes à un niveau international en terme d’emplois, de capitaux, d’image et de pertes financières. On a eu à plusieurs reprises, des exemples de designs qui n’ont pas connu l’adhésion du public au point de faire cesser la production de modèles (dans l’automobile par exemple) ou dont l’usage révélait à terme des inconvénients majeurs (sonores, fonctionnels, ergonomiques) tels, qu’il fallait mettre au point, en dernier recours, des solutions de dépannages d’urgence -avec tous les surcoûts engendrés- dans le processus industriel.

Créer un design n’est pas se contenter de donner une photocopie à son client; c’est commencer par lui proposer des croquis, plusieurs et différents, pour qu’il choisisse en équipe avec le mot final du PDG, puis une fois son choix réalisé, finaliser le croquis en plans, réaliser les gabarits, (la forme dans un bloc de medium) les matrices (la forme finale dans les matériaux finaux), et dans le cas d’un instrument complet et fini et bien un instrument complet et fini!
S’ensuivent les signatures de contrats, les protections dont se dotent les sociétés contre la contrefaçon et qui m’amènent à signer moi-même ces contrats avec des cabinets d’avocats New-Yorkais par exemple.

Pour finir vous comprendrez que je ne peux illustrer cet article sans passer par des procédures normales et nécessaires en ce qui concerne la confidentialité, l’éthique, les engagements, les responsablilités, je laisserai donc par la suite le soin à mes commanditaires de dévoiler (ou pas) notre collaboration! Personnellement, même si je suis assez fier de la mission acomplie, même si dans ce travail je m’engage à 200%, j’estime que c’est un travail qui se distingue de ma production personnelle et qui peut également suivre son cours sans qu’y soit associé mon nom!

L’art et la manière

A ShingXL

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J’ai beaucoup aimé le travail de cet auteur amateur qui, partant de la photo d’un de mes modèles, créa un jour des déclinaisons multiples et variées , intelligentes et de bon goût, avec une maîtrise de l’informatique et des logiciels de DAO (bitmap et vectoriel) que j’ai rarement eu l’occasion de rencontrer dans le monde de la guitare.
D’une part et d’un point de vue technique le résultat est d’une grande qualité, d’autre part d’un point de vue inventif, là où certains se seraient contentés de vagues photocopies mal proportionnées et mal agencées, « ShingXL » -c’est son pseudo de forum, je n’ai pas l’honneur de connaître son vrai nom- nous a offert un travail qui respire la passion, la volonté de perfection, le respect de la pensée originale et l’apport modeste de suggestions délicates et ingénieuses.

Je lui dédie donc ce petit article et lui adresse tous mes remerciements pour la finesse, la discrétion, le bon goût, l’élégance, l’intelligence et la modestie avec lesquels il avait à l’époque présenté son travail. En faisant des recherches sur le web, vous trouverez également ses contributions et exercices sur beaucoup de modèles légendaires toujours traités avec respect et bon goût!
Bel exemple, Bravo et merci!