On continue avec notre Musima des années 50 qui a été bien avancée depuis le dernier article. Ce genre de restauration me demande beaucoup de concentration et de réflexion pour la simple et bonne raison que je n’ai aucune expérience équivalente à laquelle me référer et que je découvre au fur et à mesure les solutions qui me permettent d’aller « vers la sortie » de ce chantier. Dans le genre de travail un peu virtuose, je me souviens avoir créé des pans coupés sur des guitares acoustiques qui n’en possédaient pas ou des changement de tables (que vous pouvez retrouver en article sur ce même blog). Heureusement, ces chantiers ne sont pas courants et s’ils devaient le devenir, je pense que je ferais en sorte de les limiter tellement ils sont envahissants pour l’esprit et pour le planning. Il faut bien admettre que les budgets nécessaires à leur accomplissement limitent aussi les demandes, mais ces types de chantiers arrivent chez moi de partout en France, c’est assez flatteur et représentatif des besoins des guitaristes / bassistes qui se tournent de plus en plus souvent vers le vintage et la collection, ceci associé à la raréfaction de l’offre de qualité tant en matière d’occasion que de restauration.

Continuons donc à préparer la jonction du manche ébauché. Dans un premier temps, je travaille sur le manche complètement brut, cela me permet de le maintenir dans l’étau, de le passer sur les gabarits et n’empêche en rien son approche de l’assemblage.

Je travaille sur la mortaise et le tenon en queue d’aronde: Habituellement, pour mes modèles, je possède des gabarits qui permettent d’approcher l’assemblage à la défonceuse et le finir au ciseau à bois, mais sur cette guitare les angles sont tellement différents que je ne peux que créer l’assemblage à la main. De plus il ne faut pas oublier que je suis parti de rien ou presque, le manche original n’ayant ni la bonne largeur, ni tenon ni aucun des repères traditionnels sur lesquels se référer. L’ajustage se fait uniquement au ciseau à bois. Celui-ci doit-être affûté comme un rasoir et le travail se révèle particulièrement fastidieux sur de l’érable comparé à l’acajou, le bois de bout étant notablement difficile à attaquer. Pour gagner en qualité, j’ai encore investi ces derniers temps dans un système d’affutage / démorfilage particulier qui fonctionne uniquement avec des meules en feutre, vu la quantité de neck-reset que je vois passer et vu le tranchant que j’arrive maintenant à obtenir, l’investissement est doublé d’un véritable plaisir de travail.

Une fois l’assemblage parfaitement ajusté et avant de procéder au collage, je taille le fût et je finis parfaitement le talon, allant jusqu’au ponçage final de cette partie. En effet, une fois collé au corps, il sera difficile de faire les finitions dans les angles et comme nous sommes toujours sur le bois de bout et en érable, l’étape de ponçage est particulièrement fastidieuse. A cette étape, certains mouillent le bois pour en faire gonfler la fibre, opération qui tend à rendre le ponçage plus rapide mais qui à l’inconvénient d’humidifier et faire gonfler l’ensemble du talon, ne garantissant pas alors les éventuels retraits qui pourraient survenir par la suite et apparaître en reflet avec le vernis brillant.

Avec le client, nous avons estimé qu’il serait bien d’habiller la tête d’un motif se rapprochant de l’original sans pour autant aller jusqu’à graver « Record » -ce que j’aurais pu faire sans problème si nous avions voulu une réplique à l’identique- . J’ai donc réalisé ce petit motif en corne et écaille.

Après bien des heures, le manche est enfin collé.

Des repères en celluloïd ont été réalisés et incrustés à l’identique dans l’ébène de la touche, il ne manque plus que les bindings extérieurs en écaille et le frettage qui à cette heure est réalisé.

Rendez-vous en janvier (2020) avec les photos finales de ce chantier!

En attendant, je vous souhaite de bonne fêtes!