Suite de la restauration d’une Musima Record des années 50.

Mais pour commencer, la suite de l’enquête concernant « Monsieur Musima »:

je vous faisais part au conditionnel dans l’article précédent des informations dont Quentin, le propriétaire de la guitare et commanditaire des travaux , avait commencé à me faire part. Il a continué son enquête et à pu me fournir des informations beaucoup plus précises, je vous les livre telles que reçues:

« Il apparaît que Musima est le nom donné aux guitares réalisées avec les stocks (ainsi que les locaux et l’équipe) du luthier Wenzel Rossmeisl après l’emprisonnement de celui-ci dans les années 50 (en 1953 semble-t-il – période à laquelle hélas le profil des manches auraient été modifiés). Contrairement à ce que je croyais, ce n’est pas lui qui est parti aux USA (et a alors travaillé pour Fender et Rickenbacker) mais son fils Roger. « Roger » est aussi le nom donné à la marque de Wenzel Rossmeisl, qui a repris la production en 1955.
Quoi qu’il en soit, le procédé de table sculptée en trois couches « german carve » provient du fait que Wenzel Rossmeisl ne parvenait pas à se procurer de bois en épaisseur suffisante pour des tables sculptées « classiques ».« 

Cette enquête rejoint mon analyse notamment au niveau des fameuses voûtes en 3 partie, mais surtout je fais le lien avec une guitare vue quelques mois auparavant à l’atelier et sur laquelle j’avais effectué des travaux assez importants:

Guitare Rossmeisl

Cette guitare avait pour nom de modèle « Sir » et était signée Rossmeisl sur la plaque, mais contrairement à notre modèle présent à l’atelier, celle-ci était en plaquée. Cette Rossmeisl aux allures quelque peu psychédélique avant l’heure serait donc une réalisation post période communiste, post- Musima donc.

Mais surtout, j’apprends en suivant les liens que me procure Quentin, que le fils Rossmeisl , Roger, parti travailler aux USA, œuvra pour Fender et fut même le designer de modèles fameux, dont la Telecaster Thinline, les Fender LTD et Montego, Coronado et Wildwood. Il est également l’auteur de bon nombre de designs chez Rickenbaker, dont la basse 4001 rien de moins! Pour ma part, maintenant que je le sais, je trouve évidentes les filiations esthétiques, mais il aura fallu qu’on me les mette sous les yeux! 🙂

Continuons notre travail sur le manche:

Plans de travail sur guitares

Déjà, faire un plan: Comme tous ces travaux techniques, faire le plan permet d’intégrer une dimension et une précision mentale du travail qui nous attend. Il permet de se familiariser avec l’instrument et ses particularités, et dans le cas de notre cocotte, ce ne sont pas les particularités qui manquent, à commencer par le fait qu’elle possède 15 cases hors caisse, ce qui décale le talon de plusieurs centimètres et rallonge la partie « fût » du manche et bien sûr décale aussi la touche. Le plan ci-dessus montre le gabarit habituel que j’utilise sur mes modèles « Continental » et en vert sur un calque, le manche de notre Musima. Je n’ai absolument pas d’autre choix que de recréer un gabarit aux côtes de la Musima sinon le chevalet serait au final décalé de plusieurs centimètres , laissant la trace claire de l’ancien emplacement sur la table.

Une fois le plan tracé, je taille un gabarit dont je pense qu’il ne me servira qu’une fois, mais il me facilitera quand même la tâche de report du dessin sur le bois.

J’ai inséré des placages d’acajou entre les lames d’érable, surtout pour garder l’esprit original, sans non plus tomber dans une profusion d’essences et de pièces comme celles qui composaient l’original.

A suivre…